Archives des Circulaires

La Lettre circulaire

  • Kafka thérapie

    Quand tout vous pèse, même l’écriture, il reste encore Kafka pour vous remonter le moral…

  • La guerre des visages

    Le siècle s’est ouvert sur la destruction en mars 2001 des Bouddhas géants de la vallée de Bâmiyân, en Afghanistan.

  • Vivre de sa plume, jouer aux quilles ou sculpter son propre tombeau

    Où l’on apprend ce que Malherbe pensait de l’utilité des poètes, et aussi qu’un écrivain peut très bien vivre s’il est héritier, gigolo ou connecté à Internet.

  • Chérissez votre routine d’écriture

    En répétant la même tâche semaine après semaine, on devient assez confiant en sa capacité à relever une nouvelle fois le défi, quel qu’il soit…

  • On n’a jamais autant lu…

    On n’a jamais autant lu depuis l’avènement du Web, dont on fêtera les 30 ans en mars 2019.

  • Comment revisiter un classique

    Un écart de sensibilité entre un classique et son public actuel est une aubaine pour tout auteur. Il peut le revisiter.

  • Recentrer le monde

    À l’embouchure du long fleuve de sang qu’avait été la Première Guerre mondiale, Paul Valéry écrivait « La crise de l’esprit ».

  • L’intelligence créatrice

    Je relisais dernièrement Remy de Gourmont, au mordant intact après un siècle de repos, mais c’est seulement en le lisant que je découvris qu’il s’agissait d’une relecture.

  • Le fond, la forme et les équarrisseurs de talent

    Je ne comprendrai jamais cette distinction entre le fond et la forme. Je soupçonne qu’il s’agit d’inventions brevetées par la toute puissante Société des équarrisseurs de talent.

  • Prémisse de conte fantastique

    … le simple fait de se regarder dans un miroir où quelqu’un s’est regardé si habituellement ne me paraît pas tout à fait sans conséquence.

  • Montrer sans nommer, ou le savoir-vivre du romancier

    Une illusion, pour emporter l’adhésion du public, doit parvenir à lui faire oublier le quatrième mur qui le sépare de la scène.

  • L’esprit du débutant

    Il existe en japonais un mot, shoshin, qui signifie « esprit du débutant ». C’est l’idéal du disciple zen, et je crois qu’un écrivain devrait le faire sien.

  • Voir le monde comme un potentiel de fiction

    « L’art d’écrire, disait Nabokov à ses élèves en roulant les r, est un art très futile s’il n’implique pas avant tout l’art de voir le monde comme un potentiel de fiction. »

  • Dans la tête d’un écrivain · une improvisation

    Vous vous réveillez bien avant la sonnerie de votre téléphone. Chambre, cuisine, salle de bains – hagard, vous vous dites que la journée s’annonce aussi discontinue que ce rêve qui vous échappe.

  • La lecture est-elle une fugue ?

    Les livres « lui offraient une chance d’évasion imaginaire en l’arrachant à une vie qui ne lui apportait aucune satisfaction ».

  • Un espace sans dénouement

    Il manque sans doute un équivalent d’Espèces d’espaces de Perec consacré à Internet – et un esprit obstiné comme le sien pour s’arrêter, regarder et écrire.

  • Fiez-vous à vos émotions

    Je crois qu’une simple émotion, pourvu qu’elle soit intense et persistante, peut être la prémisse de toute une histoire, voire de toute une œuvre.

  • Comment lire un roman

    La plupart des gens, même de bons lecteurs, ne peuvent ouvrir un roman sans se demander ce qui y est autobiographique, ce qui, dans les faits et gestes du protagoniste, trahit la présence de l’auteur, révèle sa vie.

  • Chef-d’œuvre du n’importe quoi

    Il est vraisemblable que, sans les encouragements de Kerouac et les lectures attentives de Ginsberg (et un régime riche en majoun), Burroughs n’aurait jamais persévéré ni écrit Le Festin nu.

  • Le talent attire le talent

    Le talent attire le talent, c’est là son signe avant-coureur le plus sûr. Chez un jeune écrivain qui n’a encore rien publié, je le mesure à l’excitation que lui procure la lecture d’un très bon livre.

  • Tomber amoureux et se relever

    Je tombe amoureux dès que je lis un auteur qui prend le temps de penser, et je ne crois pas que le mot soit trop fort.

  • Remède à la procrastination

    J’ai peine à l’admettre, mais je suis très humain. J’oublie parfois d’appliquer à moi-même les conseils que je donne à autrui.

  • Vos personnages aussi sont des auteurs

    À mesure que le numérique dévore le monde, selon le mot célèbre d’un entrepreneur et investisseur américain, il devient de plus en plus difficile pour un romancier d’ignorer le pendant numérique de nos vies.

  • Le homard façon Nerval, ou comment faire parler de soi à son insu

    D’un écrivain, ce ne sont pas les longues heures de silence passées à écrire et réécrire que l’on raconte (il y aurait peu à dire), mais les à-côtés, les anecdotes.

  • Suivez le lapin blanc

    Dès qu’on clique sur « Nouveau document », on ne désire qu’une chose : suivre le lapin blanc de l’imagination.

  • Écrivez davantage : la quantité mène à la qualité

    Il y a des questions mal posées – la plupart des problèmes sont des questions mal posées.

  • Rire de soi pour mieux écrire

    La littérature a beau être un jeu sérieux, il n’est pas nécessaire ou judicieux, parce qu’on y joue, de se prendre au sérieux.

  • La compagnie des femmes

    Les femmes constituent en général de meilleures recrues pour la littérature. Elles n’ont pas leurs émotions inhibées par plusieurs millénaires de culture machiste…

  • Apprendre à apprendre (à écrire)

    On ne devient pas écrivain avec un diplôme ou un livre, aussi prestigieux en soit l’éditeur.

  • La perfection est dans le geste

    J’ai mis du temps à comprendre que la perfection n’était pas un état à atteindre, mais la répétition du même geste une vie durant.

  • Lire est se perdre

    Il faudrait entrer dans une œuvre de la manière dont un voyageur (et non un touriste) découvre une nouvelle ville, sans guide ni a priori…

  • Éthique du conseil littéraire, suite et fin

    Votre regard est tourné vers le dehors, écrivait Rilke à un jeune poète ; c’est cela surtout que maintenant vous ne devez plus faire.

  • Éthique du conseil littéraire

    Je n’aime pas donner de conseils, parce que je n’aime pas en recevoir (plus le fait que personne ne suit jamais les conseils qu’il donne ou qu’il reçoit).

  • Il n’y a pas d’influences

    Je ne crois pas aux influences, et le critique qui les cherche à tout prix m’impatiente. Qu’il les cherche explique sans doute qu’il le soit resté, critique.

  • Savoir s’entourer quand on écrit

    « Je pense, explique Brian Eno, que même si les grandes idées novatrices sont articulées par des individus, elles sont presque toujours générées par des communautés. »

  • Écrire, génie ou non

    Il n’y a pas de secret, un écrivain écrit – il écrit avant même de devenir écrivain, il écrit pour le devenir.

  • Technique de la filature à l’usage des écrivains

    L’une des occupations préférées d’un écrivain est d’observer son environnement ou mieux, le souvenir qu’il en a. Il tire de cette activité l’essentiel du matériau de son œuvre.

  • De la clandestinité à la reconnaissance

    Un auteur évolue (si jamais il évolue) de la clandestinité à la reconnaissance, éventuellement posthume (je remets à plus tard l’examen du caprice qu’est la postérité).

  • Ignorer ses lecteurs, c’est les respecter

    Nous ne sommes pas responsables des nombreuses manières dont on nous lit. Nous n’avons aucune prise sur la paresse, la mauvaise foi et l’insensibilité des gens…

  • S’ouvrir à l’inattendu

    J’ai tendance à préférer le livre qui reste à écrire plutôt que celui qui a déjà paru. L’idéalisme qui porte un écrivain fonctionne à plein tant qu’il ne se confronte pas à la page.

  • Un canon pour écrire

    Même quand on s’en tient à un strict manifeste, il est toujours délicat d’évaluer la portée de son travail. Si on a la chance d’avoir un mentor (tout faire pour la favoriser)…

  • Un manifeste pour la confiance

    Les personnes qui me consultent le font pour des raisons qui varient d’un cas à l’autre. Chaque projet est particulier et souvent très personnel.

  • Dans vos histoires, sautez le bonheur

    « Je sauterai le bonheur », écrivait Stendhal dans Souvenirs d’égotisme, pour se prémunir contre l’éventuelle vanité de raconter les passages heureux de sa vie.

  • L’apprentissage du naturel

    Plus j’écris, plus je suis persuadé qu’il faut lâcher prise pour se trouver, c’est-à-dire accepter de ne pas réussir à tout maîtriser.

  • Dépasser le fantasme du livre jamais écrit

    Je suspecte la plupart des Hamlets qui rêvent d’écrire et n’écrivent pas d’être de farouches platoniciens. Ils rêvassent tout le jour sur ce livre idéal…

  • Le réalisme irréel

    L’art du romancier consiste à faire accroire au lecteur une certaine illusion, mais pour qu’il s’en remette à lui, nul excès de réalisme n’est nécessaire.

  • Le courage esthétique de choisir

    Un romancier rencontre parfois tel importun qui s’empresse de lui avouer ne jamais lire de roman, car « un roman, ce n’est pas vrai ».

  • Le style en littérature

    Le style est personnel, la littérature universelle. L’une ne pourrait l’être sans l’autre. Un livre est peu de chose s’il n’est pas, au sens chimique du terme, la sublimation d’une personnalité.

  • Où sommes-nous dans la littérature d’aujourd’hui ?

    Quand il feuilletait ses contemporains, il se demandait : « Où sommes-nous ? Où sont nos vies éparpillées sur les réseaux ? Qui nous aidera à les rassembler pour leur donner un sens ? »

  • Le temps d’écrire

    « Je n’ai pas le temps d’écrire. » C’est la pire et néanmoins la plus fréquente des excuses que l’on se donne pour justifier l’écart entre ses velléités littéraires et la peu réjouissante réalité (on n’écrit pas).

  • Il n’y a pas de bonne manière d’écrire

    L’une des méthodes les plus sûres pour inventer son malheur est de se comparer aux autres. Tous les découragements, toutes les frustrations viennent d’un combat inégal et inconscient que nous menons avec le reste du monde.

  • Exiger de soi le meilleur

    La complaisance nuit au talent au moins autant que le plaisir de se dénigrer après une journée de travail infructueuse. Les chefs-d’œuvre naissent du refus répété de tout compromis.

  • Canne d’aveugle, miniature du monde

    Informe ou absurde, le monde nous échappe. Pour s’en saisir, diminuer l’écart qui l’en exile, notre conscience sépare et réduit ses éléments constitutifs avant de les recombiner au gré de sa subjectivité.

  • Ce qu’un éditeur ne vous dira jamais

    « Indigent » : ce mot semble avoir été inventé pour qualifier les manuscrits que reçoit un éditeur. Comme celui-ci est poli (ou désespéré par l’ampleur de sa tâche), il ne vous dira jamais que vous ne savez pas écrire…

  • Écrire en espalier

    « L’art ne s’élargit pas, il se résume », écrivait Degas au dessinateur et peintre danois Lorenz Frølich.

  • Ne tirez pas sur les médiocres

    D’une certaine manière, on ne peut pas leur en vouloir : les médiocres n’ont pas conscience de l’être, c’est bien pour ça qu’ils le sont.

  • Aux règles de nous suivre !

    Laurence Sterne, qui n’était pas à une facétie près, écrivait : « Il faudrait savoir à la fin si c’est à nous autres écrivains de suivre les règles – ou aux règles de nous suivre ! »

  • Littérature : solidaire solitude

    La littérature, qu’on la lise ou qu’on l’écrive, est affaire de solitude. Elle exige silence et recueillement, peut-être même jusque dans sa transmission…

  • Le flair suffit aux fauves

    « … le flair suffit aux fauves », écrivait Marinetti dans « Le Futurisme ». Il publie à la une du Figaro du 20 février 1909 ce manifeste enlevé et fougueux qui annonce la littérature et les violences du siècle.

  • Deux mots suffisent à raconter une histoire

    Une histoire n’est pas une succession d’instants, mais un enchaînement d’événements. On passe de l’un à l’autre par « donc » ou « mais », jamais par « et ».

  • Chaque jour écrire

    Le talent n’est rien d’autre qu’une immense quantité de temps consacrée à l’éveil de sa sensibilité. Rien de plus – inutile d’en appeler aux muses –, rien de moins – il serait temps de s’y mettre, vous ne croyez pas ?

  • Éveiller des sensibilités

    Au-delà des défauts objectifs (clichés, explications inutiles) qui signalent un manque de poésie et d’attention à la langue et au lecteur, rien n’est sûr en littérature.

  • Choisir ses défauts

    Je suis persuadé que bien écrire consiste à choisir ses défauts. Hugo, dans sa préface à Cromwell, ne dit pas autre chose…

  • Refuser la facilité

    On croit à tort qu’un écrivain écrit bien (s’il écrit bien) parce qu’il a un don, un supplément de sensibilité ou d’imagination qui le distingue dès la naissance. Il n’en est rien.

  • Éloge de la pénombre

    Écrire, c’est ressentir et faire ressentir, rarement expliquer. Une explication me signale une paresse de l’auteur, qui n’est pas allé au bout du processus de transformation d’une idée de sentiment en sentiment partagé.

  • Le minéral et l’organique

    La littérature, malgré les grands architectes qu’elle a recrutés (Flaubert, Nabokov), relève davantage de l’organique que du minéral.

  • Roman sur talons aiguilles

    Entre vingt et vingt-cinq ans, j’aurais pu recopier en les signant ces lignes d’Octave Mirbeau, tirées de ce chef-d’œuvre de misogynie fin-de-siècle qu’est Le Calvaire, son premier roman…