Littérature : solidaire solitude

La Lettre circulaire

La littérature, qu’on la lise ou qu’on l’écrive, est affaire de solitude. Elle exige silence et recueillement, peut-être même jusque dans sa transmission – on atteint par l’écrit des pénombres qui se dissiperaient à l’oral. Saint Augustin s’étonnait de voir saint Ambroise lire en silence. Au IVe siècle, on en était encore à lire à voix haute, et ce lent ânonnement d’élève appliqué retenait l’élan de la pensée. En passant du déchiffrement malhabile des signes que sont les mots à leur interprétation silencieuse, on a accédé à la réflexion.

Les grands lecteurs ne lisent pas les mots, ils les devinent par leur forme. Par cette accélération de la foulée, ils peuvent se concentrer sur l’essentiel – le « feuilleté de sens » des phrases lues. Toute innovation est un allègement de l’existant pour accéder à l’inédit. Un livre est un monde imprévu où se mêlent deux consciences, une qui détruit en écrivant, une qui crée en lisant ; si l’alignement est propice, en sortira peut-être un tiers esprit.

Seuls, nous ne sommes pas pour autant abandonnés. Nous avons accès, par les œuvres qu’elles nous ont laissées, à des sensibilités éloignées dans le temps et l’espace qui nous semblent parfois plus proches de nous que nos plus propres amis. La littérature permet certains épanchements que la pudeur retient dans la vie (ou que notre inattention laisse sans réponse). On ne devrait pas écrire dans l’isolement : un moine n’est pas un ermite. Internet permet à chacun, pour le meilleur et pour le pire, de s’entourer d’une communauté dont les membres partagent une même passion, un même idéal, qu’ensemble ils fortifient. Profitons-en.