Aux règles de nous suivre !

La Lettre circulaire

Laurence Sterne, qui n’était pas à une facétie près, écrivait : « Il faudrait savoir à la fin si c’est à nous autres écrivains de suivre les règles – ou aux règles de nous suivre ! » Aucune règle ne tient contre un chef-d’œuvre. Il nous fait admettre une manière nouvelle de ressentir l’ancien – qui ne paraissait tel que par une habitude s’interposant entre lui et nous. Un chef-d’œuvre nous rajeunit en intensifiant notre expérience de la vie.

L’auteur de génie, du moins d’après l’idéal que j’en ai, a trouvé de quoi dénouer sa sensibilité pour la confier à son œuvre. Ainsi par elle se survivra-t-il, s’il accepte de sacrifier son moi, de le condenser en un regard et une voix qui ne s’imposent pas. Comme l’Homme invisible, il disparaît en retirant les bandages qui l’emmaillotaient et lui donnaient forme. Ces bandages, encore imprégnés de son odeur, de la chaleur de son être, constituent une œuvre qui le révèle mieux que tout égotisme. Qui veut rester doit s’effacer, accepter ce qu’écrivait Shunryu Suzuki dans Esprit zen, esprit neuf : « Ce que nous appelons “je” n’est qu’une porte battante qui va et vient quand nous inspirons et quand nous expirons. Elle bat ; c’est tout. »

Trois règles à ma suite :

  1. Me fier à l’imagination du lecteur. Ne rien lui expliquer – suggérer sans appuyer.
  2. Me restreindre : chaque mot compte, en ajouter c’est dévaluer.
  3. Aimer jusqu’à l’abandon – de moi, d’eux – les personnages qui me sauvent.