Ce qu’un éditeur ne vous dira jamais

La Lettre circulaire

« Indigent » : ce mot semble avoir été inventé pour qualifier les manuscrits que reçoit un éditeur. Comme celui-ci est poli (ou désespéré par l’ampleur de sa tâche), il ne vous dira jamais que vous ne savez pas écrire – vous en conviendrez, c’est une vérité délicate à annoncer à un écrivain. L’éditeur préférera envoyer l’habituel « malgré les qualités indéniables de votre manuscrit, nous sommes au regret de… » Il n’est pas là pour vous apprendre à écrire, encore moins à lire (car le plus souvent, il vous faudra réapprendre à lire pour bien écrire).

Il arrive une fois sur cent un manuscrit moins mauvais que les autres. Impubliable en l’état, mais ses nombreuses maladresses laissent percevoir certaines qualités de tact et d’esprit qui font son charme. L’éditeur tentera de le sauver, avec plus ou moins de patience ; l’auteur tentera de suivre ses conseils, avec plus ou moins de bonheur. Il s’agit de conserver les qualités du manuscrit original tout en atténuant ses faiblesses. Il arrive que l’auteur fasse l’inverse. La réécriture est parfois plus difficile que l’écriture, car cette fois vous avez quelque chose à perdre.

Il n’y a pas de talent sans persévérance. Le jeune écrivain, quand il doute, doit se rappeler Boileau et son Art poétique :

Hâtez-vous lentement, et, sans perdre courage,
Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage :
Polissez-le sans cesse et le repolissez ;
Ajoutez quelquefois, et souvent effacez.