Un manifeste pour la confiance

La Lettre circulaire

Les personnes qui me consultent le font pour des raisons qui varient d’un cas à l’autre. Chaque projet est particulier et souvent très personnel. L’une voudra que je l’aide à contenir un récit qui se répand de tous côtés. L’autre aura besoin, sans qu’elle le sache encore, qu’on l’encourage à supprimer un bon tiers de son manuscrit ou à reconsidérer la prémisse de son histoire. Toutes ont en commun une impuissance apparente à évaluer ce qu’elles écrivent. La plupart manquent de confiance en elles. Elles ne se fient pas à leur imagination et encore moins à celle du lecteur. C’est là leur seul problème.

Plutôt que de leur dire quoi faire, j’aime mieux leur poser des questions. Quelques-unes suffisent à préciser leur hérésie°, c’est-à-dire ce qu’elles souhaitent faire du jouet littérature. Elles vont passer beaucoup de temps avec, alors autant qu’elles s’amusent un peu. Plus le jeu est personnel, plus il est simple d’évaluer le résultat : il ne tient qu’aux principes que l’on se donne.

C’est pourquoi j’encourage chacun à écrire son manifeste. L’article premier du mien est fixé depuis longtemps : « Me fier à l’imagination du lecteur. » C’est un principe auquel je ne déroge pas. Il a acquis avec le temps la dureté d’un dogme contre lequel s’appuyer quand la foi vacille.


° « Il n’y a pas de saints de la littérature : rien d’autre, même avec le long recul de la gloire et de la mort, que des hérétiques enfermés chacun dans leur hérésie singulière, et qui ne veulent pas de la communion des saints. » (Julien Gracq, En lisant en écrivant.)