Éthique du conseil littéraire, suite et fin

La Lettre circulaire

Seconde partie
Suivre la voie du silence

Première partie

« Votre regard est tourné vers le dehors, écrivait Rilke à un jeune poète ; c’est cela surtout que maintenant vous ne devez plus faire. Personne ne peut vous apporter conseil ou aide, personne. Il n’est qu’un seul chemin. Entrez en vous-même… » Qui veut se trouver doit s’éloigner du groupe et du tumulte, chérir son exil volontaire comme seule voie possible vers les profondeurs de son moi, d’où il remontera avec un regard rajeuni. Ses lectures seront les paliers de décompression sans lesquels il ne supporterait pas la remontée.

Pourtant, s’il veut faire taire le monde extérieur et suivre la voie du silence, il ne doit pas rester tout à fait seul (enfin, il peut, mais ça prendra plus de temps). On ne devrait jamais plonger qu’en binôme, de préférence avec quelqu’un qui en est déjà revenu. Il a laissé en bas son ego (l’ayant déjà fait, il n’a plus rien à prouver) et sait adopter le point de vue de son compagnon pour l’aider dans sa cure d’introspection. Les introvertis font en général d’excellents binômes – ils savent écouter, et n’éprouvent pas cet insupportable besoin de se mettre en avant. Au contraire : ils laissent l’autre s’épanouir. C’est pourquoi un bon mentor ne donne pas de conseils, il pose des questions. Elles ressemblent parfois à un kōan zen. Leur aporie est faite pour déstabiliser l’esprit et le laisser s’ouvrir à l’inattendu – imaginer.