Fiez-vous à vos émotions

La Lettre circulaire

Je crois qu’une simple émotion, pourvu qu’elle soit intense et persistante, peut être la prémisse de toute une histoire, voire de toute une œuvre. On pourrait même hasarder, selon l’émotion qui les meut, une typologie d’auteurs plus pertinente que les distinctions de genres, de styles ou d’époques. La peur a engendré Lovecraft, la haine de soi Houellebecq, qui par ailleurs a écrit un essai (de mémoire assez bon) sur Lovecraft. On peut y lire des phrases aussi réjouissantes que celles-ci : « Howard Phillips Lovecraft constitue un exemple pour tous ceux qui souhaitent apprendre à rater leur vie et, éventuellement, à réussir leur œuvre. Encore que, sur ce dernier point, le résultat ne soit pas garanti. »

Les émotions brutes, viscérales et insistantes comme la peur ou le désir sont des archaïsmes qui nous maintiennent en mouvement – inutile de revenir à l’étymologie du mot émotion pour s’en convaincre. Qui a dit que la peur paralysait ? C’est l’instinct qui nous fait fuir sans raison, c’est le ferment d’étranges sursauts agressifs, c’est la drogue vendue sans ordonnance aux amateurs de films d’horreur, qui en ont besoin pour se sentir en vie le temps d’une séance. Quelle qu’en soit la cause, le mouvement est indispensable à l’histoire. Plus vive est l’émotion qui l’ébranle, plus grande sera l’inertie accumulée tout au long du récit, qui ira presque de lui-même jusqu’au dénouement. C’est pourquoi il est important d’entretenir vos obsessions. Quelles sont les émotions que vous ressentez le plus vivement ?