Prémisse de conte fantastique

La Lettre circulaire

« … le simple fait de se regarder dans un miroir où quelqu’un s’est regardé si habituellement ne me paraît pas tout à fait sans conséquence. » Quelle belle prémisse de conte fantastique recouvre cette phrase de Julien Gracq (« Les yeux bien ouverts », in Préférences). Elle peut même devenir la génératrice féconde d’une multitude d’histoires variant par le contexte, les personnages ou le dénouement. Le point de départ reste invariable : le regard du protagoniste rappelle à la surface d’un miroir le visage de son précédent spectateur.

Julien Gracq avait en lui cette image fixe de la chambre vide, « pièce habitée familièrement par quelqu’un, où on entre pendant qu’il s’est absenté ». (La mort bien sûr compte comme une absence.) On a alors l’impression que « l’être absent surgit du rassemblement des objets familiers autour de lui, de l’air confiné qu’il a respiré, de cette espèce de suspens des choses qui se mettent à rêver de lui tout haut ». L’image du revenant est toute proche. Il suffit de regarder dans le miroir. Que craignez-vous ?

Le protagoniste peut entrer dans la chambre vide à la suite du décès de son occupant, d’un déménagement ou d’un héritage, d’une tentative de vol par effraction ou d’un acte de voyeurisme. Les deux personnages – celui qui est maintenant devant le miroir et celui qui l’était par le passé – peuvent même n’en faire qu’un (c’est d’ailleurs la fin probable de l’histoire que vous êtes en train d’imaginer).

Si le motif du miroir vous semble bon pour les antiquaires de la littérature fantastique, conservez seulement l’idée du reflet, par exemple sur la surface convexe du moniteur d’un vieil ordinateur, qu’un père et sa fille avaient assemblé avant que ne meure le père. La fille, maintenant étudiante, retourne pour les vacances dans la maison parentale où sa mère habite désormais seule. Elle retrouve sa chambre d’enfant, où l’attend son vieil ordinateur.