Pourquoi je ne lis plus les critiques

La Lettre circulaire

Au cours de ces dernières années, j’ai peu à peu cessé de lire les critiques de livres, de consulter la presse spécialisée ou d’ouvrir les suppléments littéraires des grands quotidiens nationaux. J’ai résilié mes abonnements et supprimé de mes favoris les sites correspondants. Désolé, je ne suis plus intéressé.

Même quand les critiques lisent les livres dont ils parlent, même quand il n’y a pas de conflit d’intérêts (collusion difficile à éviter dans un milieu si étroit, où on est à la fois écrivain, chroniqueur, préfacier, éditeur…), je trouve la critique indigente. Elle mérite d’ailleurs à peine ce nom, puisqu’il s’agit bien souvent de résumés limités à trois modes d’appréciation :

  1. le like béat, sans doute sincère mais de peu d’intérêt, car n’engageant à rien ;
  2. la détestation de mauvaise foi, aussi bête que le premier, mais c’est une publicité gratuite qu’un écrivain ne doit pas négliger : quelque bon lecteur aura envie de le sauver en achetant son livre ;
  3. l’indécision, plus honnête, mais l’honnêteté excuse-t-elle la médiocrité ?

Je ne demande qu’une chose à un critique : qu’il me fasse réfléchir. Il échoue par manque de talent et de courage intellectuel – il en faut pour ne pas répéter les platitudes de ses pairs et prendre le risque de se tromper. Il lui manque surtout une perspective. Aligner tous les éléments constitutifs d’une esthétique en une seule perspective, par laquelle on condense et transmet sa lecture personnelle, son interprétation du livre, voilà le plus difficile. J’en sais quelque chose, puisque je suis en train d’écrire et de réécrire une critique de White, le dernier livre de Bret Easton Ellis, que j’espère pouvoir vous faire lire prochainement. Cela demande du temps et un espace que la presse n’est plus en capacité d’offrir – non, quelques paragraphes mal écrits ne suffisent pas à rendre justice à un livre.

Comment dès lors se tenir informé ? Je ne le suis pas, et je ne m’en porte pas plus mal. J’ai renoncé, à quelques exceptions près, à lire le dernier livre dont tout le monde parle – murmure qui représente quoi, 500 personnes à Paris ? Sans doute moins. Il n’y a pas de meilleure sélection que le temps. Non qu’on en mette beaucoup à découvrir les bons livres, mais les mauvais et toute la claque de leurs thuriféraires mettent du temps à reculer dans l’oubliette qu’ils méritent.