Contreforme

Bien écrire

La Lettre circulaire · 073 ·

« Bien écrire, selon M. Addison, consiste à exprimer des sentiments qui sont naturels sans être évidents », rapporte Hume dans son essai De la simplicité et du raffinement dans l’art d’écrire. Autrement dit, écrivez ce que vous ressentez et seulement ce que vous ressentez, et épargnez-nous les banalités. La plupart des écrivains se contentent de noter des évidences mille fois dites (et mieux dites) ou tentent d’exprimer des sentiments qu’ils sont incapables d’éprouver. Taisez ce que vous ne savez ressentir, comme l’a fait Fitzgerald (et plus adroitement qu’il ne le pensait) en nous laissant dans l’obscurité quant aux sentiments de Daisy pour Gatsby.

Les Lumières écossaises valent autant que les françaises et presque plus grâce à Hume, à qui nous devons d’importants essais esthétiques. Dans celui-ci, il nous met en garde contre les excès de raffinement et de simplicité. Le raffinement n’est pas un ornement, la simplicité une platitude et les deux se rejoignent plus souvent qu’on ne le croit (pensez aux architectures de Tadao Ando). Trouver un équilibre n’est guère évident. Les hommes surtout semblent enclins, dans leurs premières tentatives (et parfois les suivantes), à ébouriffer leur style pour se rassurer, ce qui rend leur compagnie si pénible et leur fait commettre des fautes de goût que les femmes n’imaginent pas. L’ego bien sûr est à détruire, si l’on veut donner quelque chance à ses phrases. Le dépouillement est peut-être le dernier des raffinements.