Contreforme

L’épigénétique appliquée aux écrivains

La Lettre circulaire · 093 ·

J’étais passionné de biologie au lycée, au point de m’inscrire en prépa bio après le bac, assez inconséquemment quand on connaît mon peu de goût pour la compétition. Ne faites pas ça, vous n’auriez plus le temps de lire, et de manière générale, ne faites rien qui puisse vous éloigner trop longtemps de la littérature.

La France, pays littéraire s’il en est, a inventé les sinécures pour subventionner ses écrivains, qu’ils ne soient pas contraints de délaisser leur seule maîtresse pour payer le loyer. On le voyait encore l’année dernière avec un décret du gouvernement nommant Philippe Besson consul général de France à Los Angeles. Le Conseil d’État a annulé sa nomination en mars dernier, craignant qu’il ne donne une mauvaise image de la littérature française en Amérique – ou plus probablement, afin de calmer les syndicats mécontents du ministère des Affaires étrangères. Je me serais contenté pour ma part d’un petit consulat dans une ville oubliée des hommes de pouvoir, pour écrire autre chose que leurs éloges.

Mais revenons à la biologie. L’épigénétique nous apprend que l’expression de nos gènes est en partie régulée par notre environnement. Les mêmes gènes s’expriment différemment selon les circonstances. Une larve d’abeille peut ainsi muer en reine ou en ouvrière selon l’alimentation qu’elle reçoit. Je crois qu’il en va de même pour une autre espèce d’insectes sociaux – les écrivains. Nous naissons tous avec une quantité insolente d’imagination, qui s’épanouit ou dégénère selon l’environnement dans lequel nous évoluons. Qu’on pense à l’émulation qui a existé entre les enfants Brontë, aux croisements féconds entre Ginsberg, Kerouac et Burroughs, à la correspondance des écrivains des Lumières. Le talent attire le talent, il le stimule aussi.