Contreforme

Le cabinet de curiosités de David Lynch

La Lettre circulaire · 089 ·

Le 10 décembre 2001, à 9 h 45 du matin (heure du Pacifique), David Lynch lançait davidlynch.com. Il n’en reste rien aujourd’hui, à part quelques instantanés capturés par la Wayback Machine d’Internet Archive. L’expérience mérite pourtant qu’on s’en souvienne, car elle préfigurait les relations directes qui prévalent de nos jours entre un artiste et son audience.

Pour 10 dollars par mois, on accédait à l’étrange imaginaire de David Lynch, aussi improbable que la coiffure du protagoniste d’Eraserhead. Lynch publia sur son site différentes curiosités, dont plusieurs séries de courts métrages et un bulletin météo quotidien. « … il se contentait de regarder par la fenêtre de son atelier et faisait part de ses réflexions sur le tour que prendrait la journée » (L’Espace du rêve, David Lynch et Kristine McKenna). Le court métrage Rabbits, réalisé pour le site, finirait dans INLAND EMPIRE.

C’était avant YouTube et ses stars du burnout. David Lynch était pourtant confronté au même problème : fidéliser une audience sur le Web, où tout est fait pour nous maintenir à la dérive, insatisfaits et anxieux. Le ruban de Möbius que forment certains de ses films, comme Lost Highway et bien sûr Mulholland Drive, pourrait représenter nos errances circulaires sur le Web. David Lynch mit un terme à l’expérience – pour être viable, le site nécessitait des mises à jour régulières et le temps lui manquait. Tant mieux : on peut ainsi fantasmer sur des courts métrages qui n’existent peut-être pas, qu’on aurait aimé voir et qu’il faut maintenant écrire.