Contreforme

Murmures d’un rêveur insomniaque

La Lettre circulaire · 096 ·

Je suis plus un rêveur qu’un faiseur, je l’ai toujours été – un comble pour un insomniaque. Enfant, je tournais en rond en me racontant des histoires formidables que je n’écrirais jamais. Pour ne pas me réveiller avec des regrets, il m’a fallu une audience d’éminents lecteurs tels que vous pour me rendre responsable de mes ambitions.

Je publie aujourd’hui un chapitre important de Contreforme : « Décentrer la littérature ». Le texte fait plus de 14 pages, si une telle unité de mesure est encore pertinente sur Internet. J’y explique que « le livre est devenu une cathédrale, et comme les cathédrales avant lui, il est en train de céder sa prééminence à un autre médium » – Internet. Je m’appuie pour le démontrer sur le célèbre chapitre de Notre-Dame de Paris où l’archidiacre se lamente sur la disparition des cathédrales, que remplacera bientôt le livre imprimé comme vecteur spirituel. « Le livre tuera l’édifice ! », s’écrie-t-il. Au tour du livre de céder sa place, mais c’est aussi, comme je le pense, une opportunité pour le raviver.

Cet essai était prêt depuis longtemps, malgré mon absurdité à vouloir encore le polir (quitte à risquer de le faire disparaître). Il y a 3 mois, j’étais sur le point de le publier, quand l’incendie de Notre-Dame est survenu. Maintenant que les Parisiens ne pensent plus qu’à préparer leur mélanome à la terrasse des cafés, je le publie sans crainte d’aviver leur tristesse. Je n’écris ni ne publie jamais rien dans l’émotion du moment, mon idéal étant le détachement.