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Ne paniquez pas : l’imagination selon Thom Yorke

La Lettre circulaire · 095 ·

Thom Yorke, délaissant une nouvelle fois Radiohead, a sorti fin juin un nouvel album solo, Anima, accompagné d’un court métrage musical réalisé par Paul Thomas Anderson et distribué par Netflix. Darius Khondji (génial directeur de la photographie de James Gray, Woody Allen et tant d’autres) est responsable de la prise de vues. Le résultat, splendide, remonte aux origines du cinéma, au muet et à ses mimes expressifs, pour raconter en 15 petites minutes, sur une chorégraphie de Damien Jalet, la dérive d’un Thom Yorke égaré dans une ville morose, à la recherche d’une inconnue aperçue dans le métro. Des travailleurs habillés de vareuses sombres et froissées, échappés semble-t-il de Brazil, y somnolaient de cette torpeur saccadée des transports en commun. Seul Thom Yorke lutte encore au début du film. Quand il est sur le point de succomber à son tour, le regard de cette femme, et plus tard son souvenir fugueur, le maintiennent éveillé. Le tout n’est peut-être qu’un rêve.

Thom Yorke explique dans un entretien récent le fonctionnement si erratique de l’imagination. Il parle de musique, mais je pourrais en dire autant de la littérature :

Vous pouvez avoir une idée et vraiment éprouver quelque chose pour elle sans savoir pour autant à quoi cela va aboutir. Mais vous ne paniquez pas, car le plus excitant est d’arriver à en faire quelque chose, que vous laissez ensuite reposer ou que vous montrez à quelqu’un d’autre. C’est aussi se cogner la tête contre un mur de briques tout en sachant que, parce que vous vous êtes cogné contre ce mur, ce n’est pas fini : vous êtes sur le point d’arriver quelque part où vous ne vous attendiez même pas d’aller.

Ne paniquez pas. Contournez les butées contre lesquelles l’esprit achoppe. N’essayez pas de présumer du résultat. Laissez-vous surprendre. Amusez-vous surtout.