Contreforme

Rien n’est vrai, tout est permis

La Lettre circulaire · 094 ·

Le monde est bien étrange. La vieille devise des Assassins, « Rien n’est vrai, tout est permis », semble de plus en plus adaptée à notre époque. Après tout, on vit depuis l’élection de Donald Trump dans un scénario des Simpson (saison 11, épisode 17). On ne peut pas faire plus surréel que ça. C’est ce qui rend notre époque si fascinante pour quelqu’un comme moi attiré depuis l’enfance par l’étrange, l’incongru, le bizarre.

Ce penchant me prédisposait au fantastique – Edgar Allan Poe est peut-être le premier écrivain sérieux que j’ai lu. Ont suivi Théophile Gautier (et plus tard son ami Nerval), le si détestable Lovecraft, Borges (et son complice Adolfo Bioy Casares), Marcel Schwob, les étranges histoires de Kōbō Abe et les films non moins étranges qu’en a tirés Hiroshi Teshigahara, les frères siamois Ballard et Burroughs (et les adaptations de leurs œuvres par David Cronenberg) et bien sûr, caché derrière ses nombreux hétéronymes, Antoine Volodine, dernier maître de la grande loge du bizarre. J’essaye de me limiter à la littérature, mais je retrouve sans peine dans d’autres arts d’autres exemples de mon attrait pour le bizarre (tapez « Jirō Ishikawa » dans Google). Le plus bizarre est peut-être de n’avoir pas d’emblée accroché avec Kafka – non, c’est de n’avoir jamais accroché avec Boris Vian.

Le fantastique est désormais notre quotidien. Pour vous en convaincre, abonnez-vous à cette chaîne YouTube fascinante : Atrocity Guide, que je me réfrène à binge-watcher depuis ce week-end (si mes lecteurs québécois me pardonnent cet anglicisme). Chaque vidéo, avec ses artefacts de démagnétisation dignes d’une VHS, raconte une histoire vraiment bizarre et réelle, comme celle du site web Yvette’s Bridal Formal, dont le design tout en collage dadaïste est pour le moins… étrange, pour ne pas dire bizarre, en tout cas pour une boutique vendant des robes de mariée. Ou celle de ce Japonais enfermé pendant 15 mois dans un studio minuscule pour une téléréalité des plus cruelles… Plusieurs vidéos sont consacrées à des ARG, ou Alternate Reality Games, s’épanouissant dans d’obscurs subreddits dont les participants, parfois bluffés par l’illusion, en viennent à la confondre avec la réalité. Rien n’est vrai, tout est permis. Allez, une autre vidéo.