Contreforme

S’ouvrir à l’inattendu

| La Lettre circulaire

J’ai tendance à préférer le livre qui reste à écrire plutôt que celui qui a déjà paru. L’idéalisme qui porte un écrivain fonctionne à plein tant qu’il ne se confronte pas à la page. Il délaisse alors le confort des idées pour réviser sans ménagement une longue suite de mots, jusqu’à trouver l’écart minimal par quoi transmettre à des inconnus une pensée, un sentiment. S’il en sort lui-même révisé, le livre est bon, même s’il n’est pas ce à quoi il s’attendait.

À force d’écrire chaque mardi La Lettre circulaire, je me rends compte que si bien souvent je m’élance d’une idée en vue de la développer, j’arrive tout aussi régulièrement à côté de mon intention de départ. Cet à-côté se révèle plus intéressant, car inattendu. Il faut, je crois, s’y montrer réceptif, voire le favoriser par une certaine nonchalance de la pensée – flâner au lieu de foncer. Chaque pas de côté est une chance de se défaire d’une certitude, c’est-à-dire d’une habitude de ne pas voir.

Rien ne m’impatiente plus que ces jeunes gens, souvent des hommes, me demandant conseil, à moi qui suis à peine plus âgé qu’eux, pour ensuite ne pas démordre de leurs certitudes et me démontrer que j’ai tort. Je ne comprendrai jamais le plaisir d’avoir raison. Le but n’est pas d’avoir tort ou raison, mais de se poser les bonnes questions, de compter ses pas et à chacun de reconsidérer ses attentes. 

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